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Exuvie, 2022
Plâtre, sable, pierres, eau
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© Margarita Ivanova

Au premier regard, l’installation regroupe le moule d’un corps que l’on discerne à peine, et des pierres disséminées autour d’une étendue d’eau délimitée par du sable. Le temps semble s’être suspendu pour laisser place à un sentiment de vacuité.

Ces pierres ont été collecté dans le désert du Sahara, lieu où la gestation du projet a débuté. Les pierres, témoins de l’Histoire, renfermeraient ici symboliquement les différentes étapes de notre vie passée : un travail d’auto- archéologie.
Lors de ce voyage initiatique, l’artiste s’est retrouvée face à la puissance des astres, aux étendues désertiques : face à elle-même. Plus aucune trace de l’Homme n’était perceptible, seule l’eau qui dormait au fond du puit lui rappelait la vie et, plus particulièrement, à travers son reflet, sa propre existence. À son tour, le spectateur est invité à déambuler autour du cercle pour y croiser son image. Alors, il peut se confronter au moule qui s’apparente à une peau abandonnée, comme le vestige d’une récente mue. En effet, la création de cette œuvre s’est élaborée à la manière d’un rite de passage, soit une cérémonie impliquant une mort symbolique puis une désagrégation pour accéder à une renaissance.
Régis par des ctions collectives, ces rites sont empreints de symboles et représentations et apaisent le rapport de l’Homme à sa condition de mortel, à sa propre finitude.

Après avoir disposé les pierres une à une sur le sable comme pour clore un cycle, l’artiste remplit d’eau avec une théière le creux formé préalablement. L’élément aquatique est ici employé comme un symbole de puri cation, de guérison.
La suite du rituel consiste à s’ensevelir de plâtre après s’être enveloppée de plastique. Sous le liquide glacé, le corps connaît une baisse thermique. Puis, suite à une réaction chimique, le plâtre se réchauffe, la matière se rigidi e et provoque alors une inexorable montée d’angoisse. Angoisse claustrophobique qui prend le caractère d’un
memento mori.

Confinée sous les couches de plâtre, Inès devient un instant son propre sujet, incitée à explorer les brèches qui s’ouvrent en elle. Confrontée au soi dans un espace étroit, dans un lieu qui n’admet pas d’autre corps que le sien et qui n’offre aucune issue, elle se laisse gouverner par ses sensations avant de plonger dans l’introspection. Commence alors l’exploration de l’espace intérieur qu’est le corps dans lequel l’âme est contenue, une longue méditation durant laquelle seule la respiration fait le lien entre le corps et l’esprit.

Cette contre-forme qui est donnée à voir apparaît inéluctablement comme l’incarnation de ce moment, et invite le spectateur non pas à percevoir ce qu’a expérimenté l’artiste mais à ressentir et partager ce qu’il se passe à l’intérieur de son corps et de son esprit.
Les failles visibles sur le plâtre rendent saillante la fragilité de l’être, mais elles peuvent également être lues comme les témoins d’une éclosion : en l’occurrence, elles gureraient la renaissance. L’empreinte du plastique évoquant une suffocation, un étouffement, suggère la mort d’une partie de soi, et le don de soi pour y parvenir.

Si le rite de passage a pour fonction ultime de lier l’individu à la collectivité, cette traversée du désert se présente cependant comme une étape nécessaire. En dé nitive, tout semble appeler à un équilibre perpétuel entre deux genres de rencontres : le face à l’autre doit succéder au face à soi pour que l’individu puisse apprivoiser ses propres vérités. Il laisse ici derrière lui les traces d’une épreuve dont la véritable n est celle de lui permettre un retour plus heureux parmi les Hommes.